Péripéties Roumaines

Les tribulations de la famille Lapin en expatriation en Roumanie. Infos, bons plans et délires en direct.

jeudi 3 décembre 2009

Cours de roumain en taxi

Taximan : Where do you come from ?

Ma Lapin : France

Taximan : Paris ?

Ma Lapin : No west cote, atlantic ocean

Taximan : And how long have you been in Bucarest ?

Ma Lapin : 2 years.... (silence désapprobateur du genre "quelle morue elle a même pas fait l'effort de s'intégrer en apprenant le roumain" que je m'efforce de corriger en tentant un : 

...... "well I don't speak romanian but I can understand all what you say."

Taxi Man : Really ? sklkqd qskdql sks frumoasa.

Ma Lapin, nature et sans complexes : Da frumoasa stiu. You are saying that I am beautiful. (Frumoasa veut dire belle et c'est très nettement le seul mot que j'ai saisi de sa phrase)

Taxi Man explosé de rire : Yes of course you are beautiful but that is not what I said. I said this day should be a beautiful day.

Au bout de 2 ans c'est franchement la honte non ?

 

Posté par Asibella à 19:58 - Au coeur de Bucarest - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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vendredi 22 mai 2009

Gosses de riche

Aujourd' hui, en revenant de l' école :

M'a Lapin : Vous savez ce qu'on va faire ce week end les enfants ?

Les p'tis lap' : Nooonnnn, ... quoiiiii ?

M'a Lapin : On va aller à la campagne, et visiter une mine de sel, et faire du quad et du vélo et du tennis et encore plein d'autres choses !

Les p'tis lap' : Ouiiiiii ! Supeeeer !!..... et... on va dormir dans un hôtel ?

M'a Lapin : Oui bien sûr.

Jb Lap' : C'est une pension ?

M'a Lapin : Oui.

Jb Lap' : Combien d'étoiles ? 4 ou 5 ?

M'a Lapin : .....

Vous croyez vous aussi qu'on leur donne des goûts de luxe ?

Quoi qu'il en soit, c'est ICI que l'on sera et ça promet d' être bien, parcequ'on y va avec plein de copains.

La revedere, week end placut !

Pa pa pa pa.

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mardi 28 avril 2009

le 100 ème !!

L'air de rien, sans tambours ni trompettes, maman Lapin a posté hier le 100 ème message des Péripéties Roumaines.

Le premier message date du 19 novembre 2007 et à cette époque, la famille Lapin se préparait à quitter la France pour la Roumanie, sans trop savoir où elle allait atterrir. Leur rythme de vie allait-il changer radicalement, réussiraient-ils à s'intégrer et se faire des amis, est-ce que tout les sacrifices qu'implique une expatriation n'allaient pas peser trop lourd dans la balance et leur rendre la vie trop difficile ?

Maman Lapin ne pourra parler qu'en son nom, l'expat' de papa Lapin étant bien différente de la sienne puisqu'il la vit professionnellement aussi.

Si elle regarde dans le rétroviseur, maman Lapin peut dire qu'elle ne regrette rien. Au contraire.

Elle a trouvé  un pays accueillant et authentique où l'esprit de famille est plus important que tout le reste.
Ici les mots "compétitivité" ou "efficacité" ne veulent pas dire grand chose.
Mais si vous êtes en rade au bord de la route avec un pneu crevé, vous pouvez être sûr de trouver une bonne âme pour vous tirer de ce mauvais pas.
Vous cherchez votre chemin sur une carte en plein centre ville ? Un Bucarestois se propose spontanément pour vous aider à trouver votre itinéraire.
Vous avez des enfants ? Vous déambulerez sur un perpétuel tapis rouge. Ils ADORENT les enfants.

Elle a longtemps cherché la meilleure solution pour sa vie quotidienne.
Ici le personnel de maison ne coûte pas cher, il lui était donc possible d'avoir quelqu'un 5 jours sur 7 pour l'aider dans les tâches ménagères. Elle a essayé, parceque ça se fait beaucoup ici chez les expats d'avoir une bonne à tout faire.  Pour elle c'était une grande première, elle n'avait jamais eu la moindre femme de ménage en France.
Ca n'a pas fonctionné. 3 fois. Elle se sentait envahie et n'a pas réussi à faire comprendre la façon dont elle voulait que les choses soient faites. 3 échecs qui lui ont pourri la vie. Ce n'est pas agréable de licencier quelqu'un, même dans un pays où le taux de chômage est proche de 0. Enfin, était, parceque la crise est ici aussi désormais.

Elle a enfin trouvé la bonne solution.Mariana, sa nouvelle femme de ménage, vient 1 jour par semaine pour le gros du boulot : aspiro, poussière et serpillère.
Le reste, le linge, le ménage quotidien, c'est elle-même qui s'y colle et elle est bien plus heureuse comme ça.
Maman Lapin n'a pas envie de se déconnecter de la réalité. Parceque la vie dorée d'expat ne durera pas forcément toute la vie, que nul ne sait de quoi demain sera fait et qu'elle ne veut pas prendre de mauvaises habitudes.

Certes, son confort s'est considérablement amélioré, mais elle est tout de même souvent à la maison, sort beaucoup pendant les heures d'école pour diverses tâches et loisirs, cuisine pour sa famille, reprise son linge range et installe son intérieur, à son rythme, sans stress. Philippe la suit partout, en coeur à coeur dans son écharpe de portage.
Maman Lapin n'a pas fait 4 enfants pour les confier à une inconnue les 3/4 du temps ! Ses enfants ne seront pas petits bien longtemps, et elle veut en profiter au maximum, même si certains jours elle en a par dessus la tête, elle sait qu'elle a fait le bon choix.
Elle ne veut pas se retourner un jour et constater que c'est trop tard, qu'elle a laissé passer leur enfance et qu'elle ne pourra jamais rattraper le temps perdu.

Et puis elle a quand même bien des compensations au jour le jour !  Etant à l'abri du besoin grâce au travail acharné de P'a Lapin, elle peut se permettre un peu plus de shoppings ou de déjeuners au restaurant avec des amies.

Des amis, Maman et Papa Lapin en ont rencontré des sincères. Difficile d'imaginer qu'ils ne sont tous ici que de passage et que leurs chemins se sépareront à court terme... Ils tâchent de ne pas y penser et d' en profiter à fond. Et puis avec  les vrais, les proches, ils resteront en contact, forcément.

Tout est un peu plus compliqué dans un pays étranger, la barrière de la langue vient souvent vous handicaper, l' inquiétude est multipliée par 10 en cas de souci de santé, au début aller en centre ville est une véritable expédition (et qu'est ce qui se passera si je me perds, comment je ferai pour demander mon chemin ?....) etc.

Mais la vie est belle sous le soleil de Roumanie, elle n'a pas envie que ça s'arrête, pourvu que ça dure, encore longtemps !!

Posté par Asibella à 15:10 - Ca s'est passé chez nous ! - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 19 mars 2009

Parler roumain

La famille Lapin a entamé sans tambours ni trompettes et ce depuis le 20 janvier, sa deuxième année d'expatriation à Bucarest.

Les enfants ont une heure de roumain par semaine à l'école et connaissent les rudiments de la langue. Les couleurs, les animaux, quelques comptines, les saisons, l'alphabet et les mots usuels. Ils sont capables de se présenter et de comprendre une conversation simple.

Bref, ils parlent mieux roumain que papa et maman Lapin réunis.

A leur arrivée à Bucarest, les parents lapins, très motivés, ont décidé de suivre chacun de leur côté, mais avec le même professeur, des cours de roumain. Sans avoir la prétention de lire Mircea Eliade dans le texte, ils espéraient pouvoir rapidement se débrouiller avec un peu de vocabulaire et quelques conjugaisons.

Cette grosse vache professeur était celle de la société de papa Lapin, et il s'est avéré qu'elle n'a pas du tout éveillé, ni chez papa Lapin, ni chez maman Lapin, l'envie de progresser dans cette langue. Pas de méthode, encore moins de motivation, puisqu'elle annulait ses cours une fois sur trois, pour un simple rhume. A ceci s'ajoutant le baobab dans la main de maman Lapin et l'emploi du temps déjanté de papa Lapin, les cours se sont espacés pour finalement s'arrêter totalement.

Maman Lapin a bien essayé la méthode Assimil, sans succès.

Elle a essayé aussi de parler avec de vrais roumains, genre demander son chemin ou même l'heure qu'il est, pour s'entrainer. Les gens lui répondent invariablement en anglais, avouez que c'est vexant...

Et depuis quelques temps, le roumain lui fait défaut dans des situations bien précises qu'elle a pris soin de répertorier.

Voici donc la liste des phrases toutes faites dont maman Lapin aura besoin à l'avenir pour survivre à Bucarest :

NB : cette liste est non exhaustive et pourrait bien se rallonger avec le temps.

DANS LA RUE

"Saviez-vous que le trottoir est réservé aux piétons ?"
version in real life : "Hé gros plouc ! tu vois pas qu'à cause de ton 4X4 de luxe garé en plein milieu du trottoir, les honorables mères de famille comme moi sont obligées de descendre toute leur marmaille sur une chaussée où d'autre gros ploucs de ton espèce roulent à tombeau ouvert ?!!!"

EN VOITURE

"Voudriez-vous me céder le passage chère mâdâme ?"
version in real life : "Mais POUR QUI ELLE SE PREND la blondasse siliconnée dans son char d'assaut ? Alors parce qu'on roule français on doit s'écrabouiller et courber l'échine ?!! Elle va voir de quel bois je me chauffe celle là..."

DANS UN MAGASIN

"Pourriez-vous me donner un renseignement ?"
version in real life : "Dis donc toi le vendeur numéro 450 de cette boutique où il n'y a pas un chat, crise oblige, je suis probablement la seule cliente de ton après midi de mer... alors tu vas bouger tes grosses fesses et venir faire ton boulot, et avec le sourire en plus !! C'est déjà incroyable que je sois obligée de venir te chercher, tu vas pas soupirer en plus !"

AU RESTAURANT

"S'il vous plait, pourrions-nous avoir la note ?"
version in real life : "Eh dites donc la porte de prison, quand vous aurez fini de glander dans un coin avec les 50 autres serveurs, videurs de cendriers, réceptionnistes, débarasseurs d'assiettes, débarasseurs de verres apéro, essuyeurs de table et preneurs de commande, vous nous amènerez la note..."

DEVANT UN CHANTIER

50 ouvriers, 49 sont en pause, un seul travaille à la fois. Là il faut juste que maman Lapin apprenne par coeur la définition du mot "rentabilité" et qu'elle la leur récite bien fort.

AU SUPERMARCHE

"Heu excusez-moi de vous demander pardon, mais je suis un petit peu enceinte là (version actualisée 'j'ai un bébé d'1 mois dans la poussette'), alors j'ai un tout petit peu la priorité à cette caisse qui normalement m'est réservée."
version in real life : "T'es aveugle ou bien tu le fais exprès ? Ou alors peut être que je suis transparente ? Fo que je fasse quoi pour que tu me laisses passer ? Que je me mette à hurler ? Et toi la caissière qui m'as bien vue en train de poireauter, tu peux pas faire ton boulot et demander aux gens de me céder la place ?"

NON MAIS.

 

Posté par Asibella à 16:41 - Au coeur de Bucarest - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 19 février 2009

Un post saint Valentin un peu en retard

LPJ - Comment voyez-vous le couple en Roumanie ?
Oltea-Daniela Joja -
Il est la base de la société, le modèle fondamental. Ne pas être en couple, c'est presque considéré comme un handicap. Mais il ne s'agit pas d'un couple équilibré, où priment la communication, la complicité, le désir de construire ensemble. Il reste un modèle très traditionnel, loin des modèles de couples modernes qui existent désormais en Europe de l'Ouest. Il suffit de comparer les publicités : ici, la femme va être celle qui nourrit et cuisine pour la famille pendant que son mari observe. En Allemagne, une pub va montrer un homme dans sa cuisine, qui parvient à retenir une femme séduisante parce qu'il a telle marque de yaourt dans son frigidaire. Là-bas, le rapport est équitable. De la même façon, dans les relations avec les enfants, les rôles restent très traditionnels, c'est la femme/la mère qui nourrit, lave, consacre du temps aux enfants.

Les rapports homme/femme en Roumanie ?
Le registre dans le couple est la plupart du temps très étroit, la femme n'y joue que deux rôles possibles, celui de la femme soumise, obéissante, dont le rêve et l'accomplissement sont d'avoir un homme, ou celui de la femme autoritaire, dominante. Il existe un énorme décalage entre la femme roumaine "professionnelle", qui dans son travail se montre excellente, rigoureuse, compétente, et la femme dans le couple, qui une fois rentrée à la maison dispose d'une autonomie zéro. Il y a peu de variations et de nuances entre ces deux registres. La femme ne se considère et n'est considérée par la société comme un être complet que si elle a un homme. D'où cette tendance à la soumission, à l'acceptation, au pardon, quitte à subir des humiliations. Elle est dans l'auto-sacrifice. Elle peut être dure, autoritaire, chercher à tout contrôler, mais au final, elle est dans la soumission.
L'homme, lui, est généralement macho et détient le pouvoir dans le couple, ce sont ses besoins et ses souhaits qui passent en premier. Toujours. C'est le cas pour tout, de la vie quotidienne au sexe. Idem dans son rapport à la fidélité. L'influence du harem ottoman se fait sentir, et l'homme définit encore sa virilité par ses conquêtes. Et comme la femme a tendance à tout pardonner... Il y a quelques années, j'avais réalisé une étude : sur 200 jeunes femmes patientes interrogées, près de 70% citaient la capacité à pardonner, la pitié, comme la qualité indispensable pour être séduisante et féminine aux yeux d'un homme.

Comment définiriez-vous le jeu de la séduction en Roumanie ?
Ici, il y a peu de courtoisie, de notion de galanterie. Pourquoi? Parce que l'homme n'a pas vraiment à conquérir la femme, c'est elle qui va venir vers lui. Les hommes roumains n'ont pas ce désir de charmer les femmes, ils iront rarement lutter pour une femme. La femme au contraire fait beaucoup d’efforts pour plaire à l'homme, comme le prouve l'importance accordée à l'apparence physique et au stéréotype de beauté véhiculé par les médias. Il n'y a donc pas de rapport équilibré dans la séduction. La preuve, le rendez-vous amoureux type se déroule selon le scénario suivant. On sort au café, au restaurant, et pour les plus jeunes, en club le vendredi ou samedi avec des amis. Et en général, l'homme parle énormément de lui et attend de la femme qu'elle l'écoute.

Et la Saint Valentin?
Les Roumains sont très conformistes et la Saint Valentin est devenue une sorte de tradition. Donc l'homme va sortir sa femme au restaurant, lui acheter un cadeau, mais plus pour "faire comme" ses amis, ses collègues et le raconter ensuite.

Propos recueillis par Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com – Bucarest) vendredi 13 février 2009

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dimanche 21 décembre 2008

Vive la Roumanie ! (suite)

Qu'on ne se trompe pas.

J'aime ce pays où nous avons posé nos valises il y a maintenant un an.
Rire de ses travers et de ses lacunes aide à prendre du recul quand certaines personnes se laissent submerger par le côté négatif et deviennent fermées à la beauté de ce pays, à sa culture et à ses habitants.

Oui l'expatriation peut renforcer le chauvinisme, voire faire naître une certaine xénophobie, si l'on n'y prête pas attention. J'ai moi même été sur le fil du rasoir ces derniers temps.

Je n'ai que trop peu parlé de ce beau pays depuis que j'ai ouvert ce blog.

J'ai envie que ça change.

Et je commence tout de suite, avec l'hymne national, que les enfants ont appris en classe en cours de Roumain et que je trouve superbe.

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vendredi 19 décembre 2008

Vive la Roumanie !

Ce n'est pas exagéré  !!

J'apprécie particulièrement, l'image véridique, de l'ouvrier qui trime tout seul alors que tous les autres sont en pause et le regardent. Ca c'est du rendement !

Et la pinup endimanchée, sac, bottes et ceinture assorties, qui s'embourbe en sortant de son coupé parce que sa maison de luxe avec une salle de bains par chambre est posée au milieu d'un terrain vague et qu'au bout de trois ans il n'y a toujours pas de route pour y accéder...

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vendredi 23 mai 2008

Histoire sans paroles


Panorama route Bucarest Brasov
envoyé par asibella


Les vertes collines de Transylvanie
envoyé par asibella

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lundi 28 avril 2008

Paste fericit !

Maman Lapin s'est procuré grâce aux conseils avisés d'une amie, un livre de recettes intitulé "Savoureuse Roumanie". savoureuse_roumanie
Jusqu'à présent, les quelques recettes qu'elle a suivi se sont révélées délicieuses et très faciles à réaliser.
Mais ce qui rend ce livre si exceptionnel c'est les souvenirs que nous distille l'auteur, Radu Anton Roman, au gré de sa mémoire, toujours sur un ton humoristique dont Maman Lapin se délecte.

Elle vous en livre quelques lignes, qui sont de circonstance, puisque les Orthodoxes ont fêté Pâques hier.

GIGOT D AGNEAU ROTI (Miel la tava)

1 PLAT A FOUR DE GRANDE TAILLE (IL EST DOMMAGE DE DECOUPER L AGNEAU DU SEIGNEUR EN MORCEAUX)
1 BEL AGNEAU DE 6 A 8 KILOS PRET A ENFOURNER (SANS LA LAINE, SANS LA TETE, LE COU, LES ABATS ET LES PIEDS)
20 CL d HUILE
200 G de BEURRE
SEL, POIVRE
2 VERRES DE VIN BLANC
2 à 3 BOTTES d'AIL NOUVEAU
1 à 2 TETES d'AIL SEC

Oublier le spectacle pascal que maman imaginait et montait, en y investissant un bon mois à l'avance tout son art de la mise en scène et son étonnant sens scénographique ? Ce serait oublier qui je suis !!

Nous partions dès l'aube, en nous tenant par la main, toute la maisonnée : Toni, Lidia, Ghita, Stelica, Anca, Mircea, Radu, nous savourions la "pâques" douce et fraîche dans la cour de l'église, nous nous congratulions, toute la ville et nous, à l'occasion de la Résurrection, une parfaite carte illustrée : les dames devant, les enfants au milieu,  les messieurs derrière, deux familles. La dictature du prolétariat nous avait entassés dans le même appartement de quatre pièces et une seule cuisine, par où l'on entrait, et où nous avions finalement fraternisé; enfin, je résume, sinon, je commence un roman et j'oublierais la recette. Je savais que nous étions orthodoxes, mais je savais aussi que depuis trois cents ans nous étions gréco-catholiques, sans l'ombre d'un conflit intérieur (quel oecuménisme serein nous avons vécu, nous autres Transylvaniens, tout au long de la longue route de notre histoire, trop accablée de tragédies pour être déchirée par des drames.)

Sur la table trônaient les saladiers d'oeufs peints, entourés de plats de pâté d'agneau en crépine, de fromageon doux,oeufs_color_s d'oignons et d'ail nouveau, les cozonaci et la pasca aux raisins secs. Les carafes de vin cozonacrouge de Delau mare pleuraient des larmes froides en se chambrant. De la cuisinière arrivaient par ondes les effluves parfumés de stufat. Sur la petite table reposait la ciorba d'agneau aux fines herbes.

Nous attendions, figés par l'importance de l'instant, les bras le long du corps -Maman jetait un coup d'oeil satidfait à ma cravate pendant que mes genoux tremblaient, pointant au ras de ma culotte courte. La vedette, le triomphe et le clou de la fête (que je percevais davantage comme celle de ma mère que celle des rites) se faisaient attendre. Finalement (je ne vais pas décrire toute la représentation), à la lueur d'une purée de pommes de terre au lait de buflonne et au beurre de vache à son premier vêlage - baratté juste la veille du dimanche de Pâques-, encadré de salade verte aux oignons rouges assaisonnée d'huile d'olive, de vinaigre de cidre avec juste quelques tranches de radis de saison, il entrait en scène, lui, le rôti d'agneau, le héros du jour.

miel_la_tava

Papa et Stelica en avaient les larmes aux yeux, Lidia souriait et de son sourire émanait un voile de lumière dorée qui nous enveloppait tous. Nous, les gamins, nous nous empiffrions cérémonieusement jusqu'à nous en rendre malades. Enfin, Maman nous applaudissait, contente : elle avait réussi; une voix de trompette nous annonçait la victoire, nous pouvions donc nous arrêter et boire un doigt de vin doux, d'un neuburger que quelqu'un avait envoyé à Papa de Blaj.

Venaient alors les lauriers officiels à la "chère Toni":"Quel dommage, chérie, que tu aies abandonné le théâtre. Sans moi, se vantait traitreusement Papa, tu serais aujourd'hui, à Paris une seconde..." suivait un nom que je n'arrive plus à me rappeler malgré tous mes efforts.

Piler l'ail sec, couper l'ail frais en tranches fines.
Ne pas laver l'agneau : essuyer l'extérieur avec un chiffon sec et passer un chiffon mouillé d'eau vinaigrée à l'intérieur.
Frotter intensément la viande de sel, de pâte d'ail, de poivre, puis la beurrer.
Placer le plat à four graissé à l'huile et au beurre dans le four très chaud ; dès que ça commence à grésiller, disposer l'agneau le dos en l'air.
Monter la flamme.
Arroser très souvent la viande de matière grasse jusqu'à ce qu'elle forme une croûte et commence à dorer.
Baisser alors le feu et verser le vin sur la viande, en se préparant à une intense activité d'arroseur payé à l'heure (parcequ'il faut bien une heure d'arrosage constant avec tout ce qu'il y a au fond du plat, et avec autant d'eau que nécessaire, jusqu'à ce que la fourchette rentre facilement).
Parsemer la viande et la sauce d'ail, décorer l'agneau pour sa dernière sortie de fines tranches d'ail nouveau et laisser encore 10 minutes au four, pour se parfaire.

Aujourd'hui, Mircea est en Grèce, plus orthodoxe qu'une vieille simandre des Météores. Anca s'est convertie à la religion catholique Romaine pour l'amour d'un homme. Les quatre autres personnages de la photo sont partis vagabonder, que Dieu les ait en Sa sainte garde, car je les ai beaucoup aimés... Moi, je ne sais pas, je vis sans doute encore une tragédie, puisque je suis pareillement orthodoxe et gréco-catholique sans aucun bouleversement.

"Christ est ressucité !", je vous le dis les larmes aux yeux ; trinquons en l'honneur de nos bien-aimés agneaux du Seigneur, qui se sont tant donnés à nous !

Du dimanche de Pâques au jeudi de l'ascension, les Roumains ne se saluent que par "Christ est ressuscité!", "En vérité, il est ressuscité!". Le jour de l'Ascension, ils se saluent par "Christ est monté au ciel!", "En vérité, il est monté au ciel !".

Posté par Asibella à 09:28 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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